profession de foi

ECOLOPARIS 2014                                                             LIBERATIONS MERCREDI 8 MAI 2013

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PIERRE LUCOT                                                                          SONY DSC
« PARIS CAPITALE ÉCOLOGISTE EN DEUX MANDATURES C’EST POSSIBLE… ET NÉCESSAIRE ! »

Fos INTERVIEW
Vous n’avez jamais été élu, ne pensez-vous pas que vous manquez de compétence et d’expérience ?
Il faut un commencement à tout ! Il est vrai que l’on peut regretter que le système démocratique actuel ne nous mette pas toutes et tous en capacité d’être des citoyens auteurs d’une autre démocratie, participative tel que nous le souhaitons. C’est aussi la raison de ma candidature. Faire de la représentation de l’élu une étape de vie ouverte à tous, pensée comme un « congé maternité/paternité citoyen ». Remettre en cause la professionnalisation du mandat d’élu est une vision écologiste de la démocratie. Notre parti n’a pas pris la mesure de cette nécessité. Sa potentialité électorale en fait une terre d’éluEs. Certains candidatEs en sont à deux mandats ; comme vient de la faire René Dutrey, c’est à eux de donner l’exemple en exerçant autrement leur citoyenneté dans tous les autres champs de la société! La politique ne doit pas être un métier !

Vous êtes insatisfait de votre « carrière »professionnelle ?
Bien au contraire ! J’ai la chance de faire un métier qui m’a permis de mettre en cohérence ma vie professionnelle et mon engagement politique. Si je suis insatisfait c’est plutôt devant l’inertie qui immobilise nos institutions et au-delà, qui menace l’avenir de la démocratie. Je prends cet engagement en politique comme un acte de résistance, dans son sens le plus fort.

Et en quoi votre métier d’architecte peut-il aider l’écologie à Paris ?
Tout d’abord, il ne s’agit pas de ma personne mais du collectif des écologistes de Paris, et au delà de l’ensemble des parisienNEs qu’il faudra rendre partenaires de notre démarche. Plus de vingt ans d’activité professionnelle à Paris m’ont bien sûr formés sur les problématiques d’habitat, d’énergie, et d’urbanisme qui sont au cœur du projet des écologistes. La conduite d’un projet de construction ou d’aménagement prend souvent le temps d’une mandature et nécessite des capacités de gestion d’équipe, de gestion de contraintes financières ou spatiales, très similaires à des problématiques de politiques urbaines. Mais au delà de ce que nous pourrions appeler des compétences, je préfère insister sur mon engagement citoyen.

Alors pourquoi franchir le pas et vous lancer dans l’arène ?
Ne parlons pas d’arène ou d’ennemis ; être écologiste c’est avant tout s’engager dans la convivialité, c’est être fidèle à Illitch : « conviviale est la société ou l’homme contrôle l’outil ». Si mes engagements, peuvent apparaitre à certainEs comme « radicaux » , je préfère les qualifier de « sincères ». Je pense en avoir fait la preuve, aussi bien dans mon groupe local dont j’assure le co-secrétariat, qu’au Conseil Fédéral.
Je considère par ailleurs que cette convivialité ne s’arrête pas aux portes du parti et que celle-ci se cultive bien au delà. Malgré le lancement d’EELV et de la coopérative nous avons encore trop tendance au repli. Sans doute mon parcours associatif et politique, notamment mon engagement au sein du Mouvement Utopia, sont pour beaucoup dans ce besoin d’ouvrir les fenêtres.

Utopia ?
Il s’agit d’une coopérative citoyenne écologiste dans laquelle militent autant de « non encartés » que de membres de partis de gauche. Une forme originale et innovante, qui se construit autour d’une conception collaborative de la pensée et de l’action politique. Je suis membre de son bureau national.

Mais n’est-ce pas incompatible avec le plein engagement à EELV que nécessite cette candidature ?
Bien au contraire ! C’est l’esprit même d’EELV qui anime ce double engagement que je considère comme totalement complémentaire. La pluralité de l’engagement citoyen n’est-elle pas l’une des marques de fabrique de notre parti ? D’ailleurs lors de son congrès fondateur EELV a fait référence à Utopia, comme modèle pour la coopérative. C’est, au fond, un creuset dans lequel se construit un projet de société ambitieux, avec des forces issues de toute la gauche. Il faudra enfin, pour gagner à Paris, rallier à nous les écologistes de toute la gauche ainsi qu’au-delà des écologistes !

Et Paris dans tout ça ?
Pour Paris aussi nos rêves doivent être assez grands. Les ateliers mis en place par le Bureau Exécutif parisien y travaillent avec enthousiasme, c’est une grande satisfaction pour tous ceux qui s’y sont engagés. Le projet écologiste doit clairement être perçu comme une perspective désirable qu’il est possible de mettre en œuvre dès à présent. André Gorz, père de l’écologie politique, le disait avant nous : « le capitalisme produit les acteurs de son dépassement ». Mais pour être entendus, il nous faut être exigeants envers nous-même et sûrs de nos convictions.

Par exemple ?
Parler de la sécurité à Paris, sans parler du nucléaire serait inconcevable ! Certes le problème de la sécurité est réel, et touTEs les parisienNEs ne sont pas traitéEs de façon égalitaire suivant les arrondissements et les quartiers. Mais la plus grande menace qui pèse sur Paris et sur touTEs les parisienNEs c’est Nogent sur Seine ! Notre projet doit mettre en avant la perspective de fermeture de cette centrale, comme bien d’autres sur le territoire.

A quelle échéance ?
Moins de deux mandatures ! C’est-à-dire un peu plus rapidement que le prévoit notre programme national.

On vous répondra que c’est irréaliste !
Ce qui est irréaliste c’est d’accepter que ce risque perdure et d’envisager une politique de transition qui ne prendrait pas en compte la menace nucléaire comme nous prenons en compte (bien insuffisamment !) la menace climatique. Pas plus qu’aucun écologiste, je ne voudrais être dans l’équipe municipale qui aura pour mission d’évacuer la population de Paris et de sa région sans espoir de retour. A nous de mobiliser les ParisienNEs sur cet enjeu vital qui ouvre la voie vers la sobriété volontaire et conviviale qui caractérise les villes en transition. C’est aussi une autre façon d’aborder l’injustice sociale qui règne à Paris et qui, contrairement à la catastrophe nucléaire, ne pèse pas sur tous les parisienNEs de la même façon.

Pour vous c’est une priorité ?
Oui, c’en est une, même si ce n’est pas la seule, mais elle est emblématique pour les écologistes, tout comme l’est la priorité à donner à la lutte contre le dérèglement climatique et la chute de la biodiversité. Face au « verdissement » des politiques socio-libérales, nous avons besoin d’emblèmes identitaires forts.

Vous parlez de politiques socio-libérales : pour vous Hidalgo / NKM, est-ce le même combat ?
Ne nous trompons pas d’adversaire. Si NKM a porté un temps le Grenelle que les socialistes avaient été dans l’incapacité de penser, la réalité de la politique néolibérale menée par Sarkozy, dont elle fut la porte parole, à montré l’incompatibilité de l’écologie et du capitalisme pour lequel l’écologie environnementale est une variable que l’on peut supprimer quand "elle commence à bien faire". En revanche, il n’est pas question d’être les faire-valoir « verts » de nos camarades socialistes, comme ils semblent le considérer à l’échelon national.

Une posture critique vis-à-vis des socialistes ?
Il est clair que l’écologie n’est pour les socialistes, qu’au mieux environnementale. Ils n’ont absolument pas compris la dimension systémique de notre démarche pas plus que l’urgente nécessitée d’y adhérer. Ils en sont restés aux recettes fondées sur les dogmes de la croissance, de la compétitivité, de la vitesse, de la consommation et de la « valeur » travail.

Faut-il d’autres alliés ?
Oui, bien sûr, il ne peut y avoir d’allié unique… surtout quant celui-ci s’enferme dans l’erreur, comme le fait le parti socialiste depuis un an ! Evitons ainsi de secouer le drapeau rouge devant « l’infréquentable Parti de Gauche » et regardons plutôt les points de convergences qui peuvent être les nôtres, comme nous l’avons vu lors de la campagne d’Eva Joly. N’ayons pas peur du grand Mélenchoup ! Soyons de petits cochons entreprenant ouvrants les portes de notre maison « passive » en énergie mais active en idées ! Mais surtout, fédérons le monde des écologistes, et ils sont nombreux à Paris ! Ils attendent de nous que nous brisions la glace du conformisme en politique, que nous donnions envie de nous rejoindre en mettant en action une autre démocratie pour une autre société.
C’est l’objet ambitieux de ma candidature qui a pour ambition d’être celle de tous les écologistes. Alors, pour cette campagne, ayons toutes et tous « des rêves trop grands pour ne pas les perdre de vue ! ».